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chimene Crallament
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Ici discussion droite gauche
Voici l'espace neuf. Je vais y prendre des leçons avec humilité. Ou peut-être des insultes avec tolérance. Mais pour une fois, écoutons sagement et posons des questions, avec une attitude toute socratienne, je sais que je ne sais rien, je peux donc apprendre de tous.
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Le Vieil Ange de Chimene
C'est une histoire que j'ai voulu mille fois coucher sur le papier, mais qui résistait, toute raide, toute droite. "Coucher sur le papier"... Il va nous falloir une nouvelle expression pour la verticalité de nos écrans. On couchait les mots sur le papier comme un enfant, comme un amant endormi. Quoi, dois-je aujourd'hui "crucifier" mon histoire sur l'écran vertical? Bien, soit. J'étais debout devant le lycée en face d'une vieille qui venait de sortir de terre. Charanthèses, mitaines, cabas avec les poireaux, par-dessus gris, des poils blancs accrochés au menton comme les ailes au dos d'un ange. Et puis, une sorte de conversation nous est tombée dessus comme une petite pluie bretonne, celle dont ne s'aperçoit pas, sous laquelle on reste sans se rendre compte. Elle disait des choses comme : "j'étais montée en automobile avec mes enfants, un jour!", les mitaines tremblaient d'enthousiasme et : "ils ne viennent plus me voir, maintenant...", et les mitaines retombaient, vides et inertes. Les antiquaires venaient la dépouiller des quelques meubles qui lui restaient de son mari. Epaules courbées par l'abandon. Et puis, et puis, ce lycée, là, derrière nous! Oui, elle aussi, elle y avait été! Regard illuminé. Une ligne de souvenirs dorés passe entre nous. Un jour, ces bâtiments peupleront aussi ma mémoire débordante ! "Oui, j'y cousais des uniformes, pour les soldats! on travaillait dur". Le fil d'or est rompu... La guerre! Mes cours d'histoire... Elle est étonnée comme une jeune fille en apprenant que nous étudions encore Corneille. Alors elle veut me donner un livre, un livre que ses enfants ne liront pas, un livre que les antiquaires vont prendre, un livre à donner avant de mourir, et la cloche du lycée sonne, je dois rentrer, je suis en retard. Alors je lance mon nom à l'apparition et disparaît. Le lendemain, il y avait à la conciergerie un petit paquet, avec mon prénom. Dedans, piqué, jauni et nauséabond, il y avait Le Cid.
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Déménagement
Je passe chez Hautetfort provisoirement. Vous pouvez y trouver ma dernière note "saturday night fever". A plus! http://chimenecrallament.hautetfort.com/
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Moi, j'ai des principes.
Je pète pas au lit le premier soir.
Non. Pourtant, je considère qu'on ne s'aime vraiment
que lorsqu'on est capable de péter au lit sans complexe. Quand la
petite perlouze produit les éclats de rire des conjoints, leur permet
de se demander "tiens, on a mangé quoi ce midi?", que celui pris en
faute doit secouer la couette avec ses pieds pour préserver le nez de
l'amour de sa vie, c'est signe d'un lien indéfectible. Qui commence
comme "indéfeccable". Mais aucun lien. Par contre, je pourrais tenter
un jour de vous rédiger un poème dont tous les vers commenceraient par
"indéfec". Quelque chose de court mais puissant. Un truc avec lequel je
n'aurai aucune chance de gagner le concours de poésie des abribus de
Grenoble, mais bon. Oui, parce que chez nous, en février, "les abribus
ont la parole". La parole rimée. Mais que en février. Le reste de
l'année, les abribus ont un accent de l'Est édenté, encloqué et relenté
d'alcool frelaté tout à fait anti-poétique "Siouplé... Por mangé". Ce
qui ne leur permet en aucun cas de gagner des bons d'achat à la Fnac,
les pauvres. Pourtant, on aura tous remarqué qu'ils font de nets
efforts au niveau du comique de répétition.
Bref. Toujours est-il que je ne pète pas au lit le
premier soir. Et même comme la plupart des gens, je me retiens,
violemment s'il faut. Ca doit arriver super souvent aux urgences, ces
petites scènes où l'interne étonné(e) diagnostique une occlusion
intestinale, et l'infirmière répond, rosissante, "c'était son premier
rendez-vous galant".
Or, j'ai appris récemment, que péter le premier
soir, c'est possible. Ma morale judéo-chrétienne a volé en éclats.
Julie, une bonne amie, nous a raconté que son conjoint, lors de leurs
premières galipettes (et le mot prend tout son sens), alors même qu'un
judicieux changement de position plaçait son anus, à lui, près de son
nez, à elle... Et oui. Il lui a fait cette déclaration d'amour humaine
et intestinale.
Et pourtant, ils sont toujours ensemble. Cela fait cinq ans.
Peut-être parce qu'à ce moment là, il lui a dit la première chose qui lui est venue à l'esprit : "C'est pas moi!"
Elle ne lui a toujours pas avoué qu'elle savait que c'était lui. Et c'est un joli mensonge par omission.
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Savez-vous que la France est le pays développé qui met le moins d'argent dans ses universités au monde?
On est le seul pays ou un étudiant de fac coûte
moins cher qu'un collégien ou qu'un lycéen. Par contre, on a un système
parallèle de grandes écoles où l'on dépense trois fois plus d'argent
pour ces élèves que pour ceux qui sont en fac. Or, ces grandes écoles
sont investies massivement par des enfants des classes sociales
supérieures, et le recrutement social de ces écoles s'est encore
davantage restreint ces dix dernières annés.
Ce matin, une émission de radio vantait encore les
mérites de Sciences Po Paris qui recrute maintenant dans certaines
banlieues. Tu parles d'un cache misère! Pour favoriser l'égalité des
chances, il faudrait faire de la fac une vraie formation, plutôt que
d'ouvrir 10% des places aux pauvres dans nos formations élitistes.
Cette politique d'égalité là, c'est la même que sous la colonisation :
on n'a permis à quelques uns des colonisés d'aller étudier en France,
d'avoir des bourses, d'intégrer un milieu d'élite... Pour occulter la
masse qui était au travail forcé.
Dois-je rappeler que le système colonial
inégalitaire nous a pété à la gueule? Et qu'on a eu, alors, le culot de
s'en étonner?
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Faites des études supérieures qu'i disaient...
Il y a plusieurs semaines, avait lieu la cérémonie
de remise des diplômes dans mon cher Institut d'Etudes Politiques.
Bien que nous ne soyons pas diplômées cette année,
Aude et moi avions décidé de nous incruster, pour revoir les copains
qui ont émigré à Paname revenir chercher leur clé d'entrée dans le
monde professionnel, et aussi, parce que y'allai avoir avoir du
champagne et des petits fours. Et les études supérieures, ça sert bien
à ça, connaître les dates, les lieux et les gens chez qui tu peux faire
le parasite. Ca sert aussi à développer son esprit critique, mais c'est
drôlement moins utile dans la vie de tous les jours.
Ceci me fut rapidemment confirmé lors de la fête
chez Xav' et Steph'. Du bruit, des bières de chez Lidl (bon sang, ce
que les étudiants petits bourgeois peuvent être radins...), du bruit,
de la sueur, une pièce minuscule dans le noir complet qui s'illumine un
instant chaque fois qu'une fille rentre ousort des chiottes.
Et pire que tout, des gens à qui t'avais jamais
parlé (et tu sais pourquoi...) viennent te raconter ce qu'ils
deviennent.
"Ah ouais, moi, trop cool, je suis en stage chez un
producteur de musique, Y-music, tu connais? Ah non, pourtant, on est
hyper bien sur le marché, tu vois, genre c'est nous qui avons lancé
Corneille, alors, vraiment, quoi... Ouais... Et d'ailleurs, tu sais pas
quoi? Moi, j'ai le portable de Corneeeeille!!!
- Ah. oui. Génial. (Oui, je sais, je suis trop gentille, je relance). Et ben. Aha.
- Mais, là, t'as crû que j'avais son numéro de portable, warf, warf,
mais non, quand je te dis j'ai son portable, c'est qu'il m'a filé son
téléphone portable, l'objet! Délire non? En fait, c'est la boîte qui
lui a offert le mobile, et je lui ai apporté, et il m'a dit "nan, j'en
ai déjà un, j'en veux pas", alors moi, c'est fou hein, je l'ai gardé!!!
Tu vois, bon, je suis pas payé, mais du coup, j'ai des avantages de
ouf..."
Tiens, j'ai envie de vomir. Pourtant j'avais pas
bu... Alors, je me retourne désespérée vers une copine au prise avec un
charmant jeune homme qui se fait des couilles en or en allant en
vacances en Inde, en faisant faire des jeans super bien coupés à des
ados des rues, il les paye 10 francs et il les revend 500. Ahaha,
formidable, hein, c'est légal et ça lui permet de pas travailler
pendant six mois. Copine émet la suggestion que ce serait légèrement
immoral. Il réplique, d'un haussement d'épaules :
"Hey, on n'a pas choisi de vivre dans un monde inégalitaire!"
C'est vrai. Et j'étais entourée de gens qui ont bac +5, et qui n'ont
pas choisi de vivre dans un monde inégalitaire, mais s'y sentent malgré
tout très bien, et qui, du haut de leur vingt-cinq ans, ont choisi de
ne pas le changer.
Finalement, je suis rentrée chez moi beaucoup plus tôt que prévu.
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Schizophrénie
Il s'est avéré que dernièrement, je me suis rendue le soir entre sept et huit heures chez mes voisins, pour diverses raisons.
Chez Mme H., pour lui demander de garder mon chat pendant les vacances.
Chez la famille D., pour leur demander si les enfants voulaient bien m'emmener voir Harry Potter.
Chez Mme P., parce que je rentrais d'un week-end chez des copains à 200
km de là, et que j'avais étourdiement oublié mes clés de maison là-bas,
et j'aurais bien voulu qu'elle me passe ses doubles, après avoir fini
de se poiler à me voir à la porte de chez moi.
Chacune des fois, après mon poli "Ding, dong!", j'entendis le
désagréable cliquetis de la serrure qu'on ouvre, assorti pas deux fois
d'un méfiant "qui c'eeeest?", qui m'obligea à montrer patte blanche.
Ces gens s'enferment chez eux le soir à la nuit tombée.
Ces villageois ont peur. Ils craignent l'irruption nocture d'un violeur, d'un brigand, ou d'un meurtrier.
Or, je suis la seule à ne pas m'enfermer à double tour. Car je n'ai pas peur.
J'en conclus donc... Que le meurtrier... C'est moi.
Oups.
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